The Voices of Capgemini Consulting

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Faut-il une RE2018 pro-élec ou pro-gaz pour optimiser les coûts de réseaux?

Par Alain Chardon, Directeur Transition Energétique et Ali Habi, Consultant chez Capgemini Consulting.

 

La réglementation applicable aux logements neufs impacte l’économie des réseaux

Pour réussir la transition énergétique, la consommation énergétique des bâtiments doit drastiquement baisser. La réglementation thermique 2012 (RT2012) régit la construction neuve. La RE2018, future réglementation environnementale, est amenée à prendre sa place en 2018.
 
Les réglementations applicables à la construction neuve sont un sujet éminemment technique. Selon les choix effectués, les flux de construction neuve peuvent basculer vers une énergie ou une autre, comme cela s’est vu dans le passé (RT 2000, 2005, 2012, cf. figure)
 
 
Cet article présente les résultats d’une étude de Capgemini Consulting sur l’impact d’une bascule des flux de construction neuve des logements collectifs (LC) et maisons individuelles (MI) vers l’électricité ou vers le gaz. 
Comment cette réglementation impactera les coûts d’investissement et de renforcement des réseaux respectifs ? 
 

Une approche par scénarios en écart au statu quo qui basculent plusieurs millions de logements

Une approche simplifiée consiste à supposer un scénario TENDANCE qui maintient les équilibres actuels entre construction neuve dite “gaz” et “électrique” sur une durée de vingt ans. On évalue alors deux scénarios contrastés par écart. 
 
 
Le scénario PRO-ELEC bascule 3,9 millions de bâtiments neufs gaz vers l’électricité d’ici 2035. Tous les logements gaz peuvent basculer vers l’électricité. Le scénario PRO-GAZ bascule 1,6 millions de logements vers le gaz sur la même période. Une partie des logements électricité ne bascule pas vers le gaz, car située hors des zones raccordables au réseau gaz. (LC=Logement Collectif, MI=Maison Individuelle)
 
 

Des consommations et une puissance appelée divisée par quatre en 2035

La part dévolue au chauffage diminue drastiquement, car les usages de cuisson, d’eau chaude sanitaire ou d’énergie spécifique pour l’électricité diminuent dans une moindre proportion. En électricité cela impose l’usage de pompes à chaleur (1), tandis qu’en gaz, les chauffages collectifs en logements collectifs se développeront probablement pour compenser la baisse de puissance. 
 
 
Globalement, les puissances appelées par logement sont divisées par quatre par rapport au parc actuel. Les écarts de puissance totale appelée pour le scénario Pro-ELEC par rapport au scénario TENDANCE sont de [+2,9 GW élec, -6,8 GW gaz] et pour PRO-GAZ de [-1,2 GW élec, +2,9 GW gaz]. Ils sont convertis en écarts d’investissement dans les réseaux, avec quelques subtilités porteuses d’enseignements en elles-mêmes.
 

Des écarts de coûts par kW qui vont de 1 à 10, et se réduisent une fois ramenés au logement

Les puissances sont exprimées en kW et GW « équivalents pointe de janvier 2012 » (102 GW en électricité et 160 GW en gaz). Les coûts d’investissements observés par kW sont ramenés à la même unité. Cela permet de prendre en compte les coûts aux périmètres Transport, Distribution, Branchement jusqu’au compteur inclus (2) , dans leurs proportions réelles et d’assurer une cohérence dans le temps des scénarios étudiés. 
 
Le rapport de coûts entre l’électricité et le gaz est de 1 à 10 par kW appelé. Toutefois ce rapport est réduit une première fois d’un facteur deux à trois rapporté à un logement, lorsqu’on prend en compte que les logements gaz et électricité n’appellent pas les mêmes puissances. 
 
 
Cet écart est réduit une seconde fois, voire compensé du fait que les coûts de branchements ne sont à prendre en compte que pour les logements gaz, lorsqu’on regarde l’impact de la bascule d’un logement du gaz vers l’électricité ou inversement. En effet un logement reste toujours branché à l’électricité.
 
Un troisième effet achève de rendre l’analyse plus subtile qu’il n’y parait.
 

L’impact sur les coûts d’investissement et renforcement des réseaux dépend de l’évolution globale des flux d’électricité et gaz, au-delà du seul logement neuf.

 
Les flux qui transitent sur les réseaux de gaz décroissent déjà actuellement, et continueront (-0,7% TCAM) dans des quantités supérieures aux écarts de TWh et GW générés par les deux scénarios. Le réseau est surdimensionné, aussi les scénarios PROELEC et PROGAZ n’impactent pas les coûts d’investissement et de renforcement de réseau T&D gaz (en approche simplifiée). 
Pour l’électricité, la prospective est plus délicate (3) . 
  • En cas de croissance des consommations totales, il convient de prendre les impacts à la hausse et à la baisse des scénarios PRO-ELEC et PRO-GAZ sur les réseaux de T&D électriques ; 
  • En cas de stabilisation : seulement impacts à la hausse pour PRO-GAZ ; 
  • En cas de baisse : aucun impact car le réseau électrique est alors surdimensionné.
Cette approche est simplifiée mais permet de comprendre les effets à l’œuvre.
 

Résultats : conserver une RE2018 équilibrée constitue un compromis raisonnable

Les enjeux du calage de la RE2018 sur les coûts de réseaux sont de plusieurs milliards d’euros pour le seul logement neuf, qui selon le scénario est favorable à une énergie ou à l’autre.
 
 
Si les consommations d’électricité se stabilisent, ce qui correspond à hypothèse médiane du bilan prévisionnel récemment publié, la figure du centre montre que le scénario TENDANCE constitue un optimum : s’écarter dans un sens ou dans l’autre du scénario TENDANCE occasionne un surcoût de 2,1 à 4,9 Mds d’euros sur la somme des réseaux d’électricité et gaz. 
 
Construire une RE2018 qui conserve les équilibres semble alors un compromis raisonnable.
 
 

Retrouvez l’étude complète avec les impacts sur chaque réseau

 
 
(1) Un effet paradoxal et amusant des pompes à chaleur est qu’elles permettent de moins isoler les logements électriques que les logements gaz (elles produiront plus d’énergie utile par unité d’énergie primaire), ce qui va à l’inverse de la situation observée historiquement.
(2) Les coûts ont notamment été tirés de l’examen des CRAC électricité et gaz publics (Compte Rendus d’Activité des Concessions)
(3) Cette réflexion a été menée en mai 2016. La publication du Bilan Prévisionnel RTE en juillet 2016 confirme l’incertitude (hausse ? baisse ?)
 

Article publié dans Enerpresse N°11647, le jeudi 6 octobre 2016

A propos de l'auteur

Alain Chardon
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