The Voices of Capgemini Consulting

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SolarCoin : une utilisation innovante de la blockchain pour accélérer le développement du photovoltaïque

Par Florent Andrillon, Vice President, Arthur Arrighi de Casanova, manager, et Louise de Bremond d’Ars, consultante
 

De nombreuses utilisations de la blockchain dans l’énergie sont aujourd’hui imaginées et testées. La crypto-monnaie SolarCoin vise elle à favoriser le développement du solaire photovoltaïque.

Le sujet de la blockchain dans l’énergie est à la mode. La vente directe d’énergie en «peer-to-peer» basée sur la blockchain semble intéressante et des premiers projets, tels que Brooklyn Microgrid ou Power Ledger en Australie ont permis de tester comment cette technologie facilite la vente de production d’électricité décentralisée à des tiers. L’utilisation de la blockchain permet de contourner les services du fournisseur d’énergie en gagnant en transparence et en réduisant les coûts.

La Fondation SolarCoin, créée en 2014 et composée de scientifiques bénévoles du monde entier, utilise la blockchain avec un objectif différent : inciter l’installation de 3 000 GW de panneaux solaires photovoltaïques d’ici à 2050 (contre 300 GW début 2017).

L’incitation est assez simple : indépendamment de l’usage (vente, autoconsommation…) de l’énergie produite, les producteurs d’énergie solaire peuvent réclamer 1 SolarCoin pour chaque MWh solaire produit. Les fondateurs ont ainsi décidé de créer 98 milliards de SolarCoins, permettant d’assurer la distribution de SolarCoins pendant 40 ans. 

Associé à la technologie du blockchain via l’ElectriCChain de la Fondation, le SolarCoin devient alors une monnaie utilisable pour des transactions ou des paiements entre particuliers ou auprès de partenaires acceptant la monnaie.

Modèle et fonctionnement du SolarCoin

Si le système de récompense est autonome grâce à l’ElectriCChain, la Fondation a conservé un rôle de certification et de gestion. En effet, pour inscrire leur installation, les producteurs fournissent un dossier (photo de l’installation, relevé de compteur, etc.), vérifié de manière indépendante par un réseau de bénévoles. Une fois le dossier validé, l’octroi de SolarCoin est enregistré dans un registre public. Pour les installations compatibles, des onduleurs ou automatismes peuvent reporter dans la blockchain la quantité d’électricité produite et le producteur est alors crédité directement des SolarCoins correspondants. 

Le deuxième rôle de la Fondation est d’assurer l’intégrité du SolarCoin (1 SolarCoin = 1 MWh) et de gérer les réserves non-circulantes de SolarCoins actuellement réparties dans deux pools : un pool Générateur de 97,5 milliards de SolarCoins destiné à être distribué aux producteurs et un pool de genèse de 0,5 milliards de SolarCoins ayant vocation à soutenir l’infrastructure de la Fondation et à récompenser des associations, bénévoles ou promoteurs évoluant dans le domaine des énergies renouvelables. Aujourd’hui, l’initiative est présente dans 28 pays et le SolarCoin affiche en avril 2017 une valeur de 0,12$ par SolarCoin, encore loin des 30$ ciblés par la Fondation.
 

Sur quoi repose la valeur des SolarCoins octroyés aux producteurs ?

La valeur d’une crypto-monnaie provient de deux facteurs : sa rareté et son utilité. 
 
La rareté est ce qu’il y a de plus simple à obtenir. Elle est généralement assurée directement dans le code source du protocole de la crypto-monnaie. Par exemple, la règle d’émission du Bitcoin est publique et celle-ci assure une production décroissante, capée à 21 millions de Bitcoins. Les SolarCoins sont eux capés à 98 milliards d’unités et l’atteinte de cet objectif devrait prendre 40 ans. 
 
L’enjeu réside donc principalement dans la valeur d’usage de la monnaie. Les crypto-monnaies, comme d’autres devises ou commodités, peuvent tirer leurs valeurs de plusieurs manières mais la plus évidente est l’utilité transactionnelle, c’est-à-dire la possibilité d’acheter des biens et services avec cette monnaie, avec une grande liberté et des frais de transaction très faibles. La valeur grandit alors avec l’effet de réseau : plus les utilisateurs (consommateurs et fournisseurs de biens et services) sont nombreux et plus la monnaie acquiert de la valeur. Un grand nombre d’acteurs acceptent aujourd’hui les Bitcoins comme moyen de paiement, principalement pour des raisons de marketing mais aussi pour se différencier et attirer des nouveaux clients.
 
Corollaire de sa jeunesse, le SolarCoin ne jouit pas, pour le moment, d’un panel large d’acteurs qui l’accepte comme moyen de paiement. On peut tout de même citer : Smappee, un développeur de solutions de smart-home permettant le monitoring et le pilotage des équipements énergétiques ; Lumo, une plateforme de financement participatif de projets renouvelables ; ou encore Ekwateur, le jeune fournisseur alternatif d’énergie arrivé sur le marché à l’automne 2016. Il est intéressant de constater que, dans les trois cas, la proposition de valeur dépasse la simple acceptabilité des SolarCoins. Par exemple, au-delà des remboursements d’intérêts et de capital, Lumo crédite les crowdfunders de projets solaires en SolarCoins en fonction de leurs parts dans l’installation et de la production : ces SolarCoins peuvent être ensuite réinvestis dans un autre projet, utilisés chez un autre partenaire ou plus simplement changés en devise usuelle, dollars ou euros. 
 
La maturité du SolarCoin dépendra de la capacité à générer un écosystème d’acteurs suffisamment large et robuste, en se différentiant notamment des autres crypto-monnaies, par sa valeur sociale.
 
En récompensant les producteurs d’énergie solaire avec une valeur additionnelle, la Fondation incite le développement de cette énergie propre. En particulier, cette valeur peut faciliter le financement et le déploiement de solutions décentralisées dans les zones non électrifiées (micro-réseaux, kits solaires) qui constituent des objectifs affichés d’ElectriCChain. 
 
Mais avec 10.000 installations raccordées représentant une puissance solaire d’environ 200 MW, SolarCoin n’est aujourd’hui encore qu’aux prémices de son développement. Le principal challenge est de se développer rapidement : d’une part en attirant les producteurs solaires, gestionnaires de grandes fermes comme de petites installations décentralisées, qui se verront octroyer des SolarCoins, et d’autre part en dynamisant l’offre, en engageant davantage d’entreprises à accepter la crypto-monnaie et idéalement à l’utiliser eux-mêmes auprès d’autres partenaires. A titre illustratif, le nombre de transactions par jour de Bitcoin est passé de 20.000 en 2013 à plus de 300 000 aujourd’hui et plus de 100 000 commerçants acceptent la devise.
 
La reconnaissance de l’initiative par des associations professionnelles et des institutions reconnues comme Solar Power Europe et l’IRENA, donne une vitrine intéressante à SolarCoin. Mais pour atteindre une échelle significative, il reste un important travail de rapprochement, de conviction et d’éducation auprès des producteurs d’énergie, des investisseurs, des entreprises et des particuliers sur des sujets très complexes : techniques (blockchain), économiques (valeur d’une crypto-monnaie) et financiers. Convaincre les producteurs d’énergie de rendre « publiques » les informations de production constitue également un véritable challenge. Enfin, convaincre les entreprises d’accepter cette monnaie repose aussi sur l’assurance de la liquidité de la devise, de l’attraction pour un segment de consommateurs alors que de nombreuses autres crypto-monnaies tentent également de se développer.
 
Bien sûr, il reste à voir combien de temps il faudra aux SolarCoin pour atteindre l'échelle visée dans la pratique. Mais si le concept fonctionne même à moitié aussi bien que Bitcoin, qui pèse maintenant près de 16 milliards de dollars, depuis son lancement en 2009, son avenir est brillant.
 
Article publié dans Enerpresse N°11799, le jeudi 6 avril 2017

 

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Florent Andrillon
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